Mon travail me prend la tête», cette charge mentale qui épuise les salariés

«Quand je rentre le soir après le boulot, je suis encore en train de penser à ce que je n’ai pas fini dans la journée et à ce que je vais devoir faire le lendemain, et que je n’aurai encore pas le temps de terminer. Ca m’empêche d’être pleinement avec ma famille. Je perds en qualité d’écoute et d’attention. Ma femme me le dit souvent: ‘’»Tu n’es pas avec moi !’’ Elle a raison. Je suis conscient que je ne montre pas la face la plus aimable de ma personne en ce moment. » Nommé il y a quelques mois directeur d’une business unit, il estime qu’il lui faut un peu de temps pour trouver ses marques au bureau, que cela va passer.

Cette notion a récemment été reprise dans une BD au succès fulgurant. La dessinatrice Emma y décrit l’épuisement des femmes qui estiment tout devoir organiser et planifier pour la bonne marche… du foyer cette fois. Mais les ressemblances avec le monde professionnel sont légion.

« Pourquoi je me prendrais la tête puisqu’il le fait! »

Si le phénomène n’est pas nouveau, il est de plus en plus diffus dans l’entreprise. Principales victimes: les managers, parfois responsables de ce qui leur arrive. « Parce qu’ils sont (en principe) mieux payés, ils se sentent investis de tout, sourit le spécialiste. Tel le géant grec Atlas, ils portent le monde sur leurs épaules… » Ils estiment qu’ils doivent pouvoir répondre à tout, ont peur de paraître incompétents. »

Cette conviction de devoir être omniscient provoque une réaction instantanée chez leurs collaborateurs: ils ne réfléchissent plus à ce qu’ils doivent faire, attendent les consignes. « Pourquoi je me prendrais la tête puisque le chef le fait! », s’est ainsi vu répondre le coach qui interrogeait les ouvriers d’un atelier. »

Un problème accentué par les open space où, en prise directe avec son équipe, le chef devient une véritable roue de secours au fil des difficultés qui surgissent. « Des compensations se mettent alors vite en place. Quand on sait que quelqu’un d’autre y pense, on n’y pense plus… » Devenu une béquille, le manager entretient souvent le déséquilibre. Incapable de déléguer pleinement comme sa fonction le voudrait, il se retrouve à tout gérer… Et n’a plus le temps d’accomplir sa mission durant la journée. « Cela leur fait une charge mentale énorme ».

Une échappatoire à des questions intimes

Dédier pleinement son cerveau au travail est quelque fois aussi une échappatoire à des questions intimes. « J’ai un môme qui ne va pas bien à la maison. Je préfère me saouler dans le travail. Ces problèmes, je les connais, je sais les résoudre… », souffle ainsi ce cadre, père d’un jeune garçon autiste. « En province, je vois beaucoup de directeurs d’usine restent au bureau de 7h à 20 heures, alors que rien ne les y oblige ».

Attention cependant à ne pas fustiger outre-mesure cette charge mentale. Comme le stress, elle n’est pas mauvaise en soi, et est même stimulante pour se développer, innover. C’est une façon de faire fonctionner les neurones. » A condition de trouver la voie du milieu, ce qui n’est pas forcément aisé. Attention aussi aux « pratiques manipulatoires », relève le coach, « comme dire à un collaborateur qui part en vacances alors qu’il a tout bouclé: il faudra que l’on parle de ça à la rentrée ».

« Il n’y a pas mort d’hommes! »

Quand la pression devient trop forte, il convient d’en identifier les causes… Savoir déléguer, vider sa boîte mail avant de quitter le bureau font partie des recettes les plus simples à appliquer. Mais ce n’est pas toujours suffisant.